Avant le départ, je remplace un maillon de la chaîne droite de "Mémère Roberte"qui est vrillé depuis 3 jours (la chaîne, tombant du petit plateau, s'était coincée dans la montée de Dürnstein.) Le maillon tordu produit un couinement très désagréable qui fait passer notre belle machine pour un vieux clou...
A Komarom, nous nous installons à l'hôtel Kocsis. Une balade en ville avant le dîner, en terrasse et en musique.
Nous commandons deux grands plateaux pour nous quatre, chacun de ces plats comportant entrée, viande, légumes, très copieux et bon.
Au dessert, impossible de rivaliser avec les coéquipières qui se cachent derrière d'énormes gâteaux typiquement hongrois.
Pour Martine : Somloi galuska, biscuit au rhum, fourré noix et raisin, surmonté de crème fouettée. Pour Brigitte : Palacsinka gundel, 2 crêpes pliées en 4, farcies à la crème de noix arrosée de
chocolat chaud, Gundel est le nom d'un célèbre patissier hongrois. Aucun sentiment de culpabilité à appliquer cette maxime : " pour pédaler, il faut manger" ( proverbe hongrois)
Dimanche 27 mai - 15ème jour - Komarom-Visegrad 90 km
De tous les petits-déjeûners le plus copieux et le plus varié, c'est pour aujourd'hui. La totale méconnaissance de la langue magyare nous a conduits à répondre oui à toutes les suggestions, café, thé, pain, beurre, miel et confiture, yaourts, fromages et charcuterie, la table se trouve bientôt entièrement couverte de plats, pots et pichets qu'il a fallu écarter pour laisser la place à l'immense omelette au paprika, odorante et fumante, que le chef hongrois nous présente d'un air triomphant...Malgré un fort vent contraire, c'est un pur bonheur de pédaler le long de ce champ de coquelicots s'étendant à perte de vue.
Dans la montée à la basilique, la plus grande de Hongrie, la chaîne saute de nouveau et un maillon se tord. Pour maintenant nous finirons le voyage avec le couinement. La basilique domine le palais du primat de Hongrie, le Danube et de l'autre côté la Slovaquie.
Nous reprenons la route en direction de Visegrad, tout excités à l'idée de dormir dans une yourte. Le "Yurta Camping" se trouve à la sortie de Visegrad, la petite route qui monte sur la droite. En effet, ça monte. Ca monte même très fort. Après 4 km de montée, nous arrivons à hauteur d'un bar-restaurant entouré d'une immense terrasse où déjeûnent encore une dizaine de personnes. Nous demandons à un serveur, bingo, c'est lui le gérant du "yurta camping", il nous indique l'endroit. Deux minutes plus tard, nous sommes devant la réception du camping, qui semble désert. Nous cherchons la yourte et ne voyons qu'une espèce de bâche blanche rafistolée avec du scotch bleu. Lorsque nous écartons un pan de bâche, une forte odeur de renfermé nous repousse. La chaleur étouffante nous empêche d'entrer, nous apercevons deux banquettes crasseuses qui doivent servir de lit. De retour au restaurant, le gérant nous assure que pour 18 heures, tout sera "nickel". Après délibération, nous choisissons de redescendre à Visegrad et de chercher un hôtel. Nous nous installons confortablement à l'hôtel Var. Le soir nous dînons dans le restau voisin : soupe à la cerise, les mêmes desserts qu'hier pour les coéquipières et balade au bord du Danube.
Lundi 28 mai 16ème jour - dernière étape ! Visegrad-Budapest 55 km
Pour pédaler sur l'île Szentendre, nous prenons le bac face à Kisoroszi, en compagnie d'un globe-trotter suisse-allemand qui nous reconnait immédiatement : "hier, vous m'avez dépassé comme une train !"
Ses projets sont assez flous, il va rouler sa bosse pendant trois mois sans suivre d'itinéraire précis... Quant à nous, nous piquons plein sud sur Budapest.
Après un ravitaillement consistant, "serbian sandwich" et glaces pour ces dames, nous effaçons les 30 derniers kilomètres du voyage et entrons dans Budapest guidés par Miklos, pilote bénévole, efficace, qui nous dépose au pied de l'immeuble sans hésitation ni cafouillage.
mardi 29 mai, mercredi 30 mai et jeudi 31 mai : 3 jours à Budapest
Enumérer tout ce que l'on a pu découvrir, voir, admirer dans cette ville magnifique demanderait 10 pages...Nous retiendrons de ces 3 jours le bonheur de flâner sur l'avenue Andrassy, de s'imprégner du grand Franz Liszt, qui est omniprésent à Budapest, statues, monuments, académie de musique.
Les glaces succulentes de la patisserie Gerbeaud,
les trois heures sublimes passées aux bains Széchényi,
le privilège d'assister à la représentation de Tosca, dans une loge de l'opéra.
Nous nous sommes sentis minuscules en déambulant dans "szoborpark", cimetière unique au monde où sont rassemblées les gigantesques statues de l'ère communiste, certaines dépassent 10 mètres de hauteur !
Avons été Impressionnés par le prince Arpad, trônant au milieu de la place des héros, entouré de six autres chefs de tribu magyars, installés il y seulement mille ans dans la plaine du Danube...
Bouleversés en apprenant la signification de ces souliers abandonnés sur le quai à deux pas du parlement.
Frustrés de ne pouvoir entrer dans le parlement qui pourtant se visite...Quand le roi d'Espagne n'y est pas ! Mais vu de l'extérieur, qu'est-ce que c'est beau !
Pris une leçon de patriotisme en découvrant l'histoire d'Imre Nagi, dont on croise l'effigie matin et soir aux quatre coins de la ville.
Attirés par les sons mêlés d'une vieille clarinette et d'un violon désaccordé s'élevant de cette place perdue, émus par ces deux musiciens anonymes, pas du tout virtuoses, dans leurs costumes étriqués, et hochant la tête au rythme des quelques forints qui tintaient en rebondissant sur le pavé.
Abasourdis, par la vue offerte depuis Buda sur Pest, la rive gauche et le Parlement.
Enthousiasmés par les richesses exposées dans le musée du Palais royal. Etonnés par la vitesse du funiculaire qui descend en 30 secondes la colline de Buda.
Testé un coiffeur hongrois en lui livrant la tête de Brigitte qui doit justement se rendre au mariage ce samedi...
Fêté, en même temps que la fin du voyage, l'anniversaire de Phil au restaurant Avocado, histoire de "clôturer " les vacances en beauté...
Nouveau projet :
Nous n'oublierons jamais ce grand fleuve, convaincus aujourd'hui qu'il a bien une âme, déjà il nous appelle pour nous offrir son autre moitié, aurons nous la force de résister, ou nous laisserons-nous tenter par ses charmes une nouvelle fois ? De Budapest jusqu'au Delta, 1500 km à travers le sud de la Hongrie, la Croatie et la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie et l'Ukraine, quel programme ! Nous avons découvert 1/3 seulement de l'Eurovélo 6, trait d'union entre Atlantique et Mer Noire. Cette route relie en effet St Nazaire à Tulcea, il y a de quoi satisfaire tous ceux qui aiment le tourisme fluvial autrement qu' en bronzant sur une péniche.
Ci-dessous le tracé de l'eurovelo 6.
Allez voir l'album photo, il y en a de nouvelles : cliquez ICI
Environ 2 km à 15% puis 1 km en forêt dont 500 mètres impraticables. Nous abandonnons les tandems à
quelques dizaines de mètres du point de vue. Les difficultés de l'ascension sont récompensées par cette vue incroyable qui nous laisse sans voix. Ici le fleuve effectue un véritable 180° pour
contourner la colline de Schlögen, offrant un spectacle saisissant.
Visite rapide de la ville, la place, une église baroque, une pause bière dans un "biergarten"
ombragé. Nous quittons Linz par la rive gauche, étonnés de traverser un immense parc où fument déjà des centaines de barbecue. Comme il fait beau, des milliers de gens sont rassemblés ici
pour le pique-nique du dimanche soir, l'ambiance est à la fête, et nous , nous luttons contre le vent pour couvrir les 20 km qui nous séparent d' Abwinden où nous attend Stefanie
Resanka. Nous dînons dans le kiosque au milieu du jardin et passons une bonne soirée avec nos hôtes à discuter un peu en allemand, mais surtout en anglais. Stefanie nous demande si
nous avons remarqué sa pub dans le guide "Donauradweg N°2" Frühstück bei Stefanie" clin d'oeil au film américain "frühstück bei tiffany" avec Audrey Hepburn...Sa déception est grande quand on lui
avoue que non...
L'abbaye de
St Florian est magnifique, la perspective est harmonieuse sous tous les angles et l'intérieur baroque rivalise avec le monastère de Weltenburg. Anton Bruckner repose dans la crypte creusée
juste sous l'orgue sur lequel il jouait.
Les 50 derniers kilomètres de cette étape sont parcourus à un train très soutenu : nous apercevons
l'Abbaye de Melk sur son promontoire à plus de 10 km. Nous fonçons droit vers elle, comme aimantés, à tel point que nous oublions de tourner
pour rejoindre Emmersdorf. Nous nous sommes avancés au beau milieu d'une presqu'île. Heureusement, un cycliste autrichien nous voyant hésiter et devinant notre embarras, nous indique un chemin de
terre sur la gauche en criant : "Emmersdorf !" , nous évitant ainsi un détour de 8 kilomètres. Cinq minutes plus tard, nous sirotons une bière sur la terrasse de la famille Franck,
face à l'Abbaye de Melk...
Depuis plus de mille ans, cette abbaye, construction baroque ( 1702-1736) est un centre culturel
et spirituel en Autriche, d'abord comme château fort de la famille Babenberg et, depuis 1089, comme abbaye bénédictine fondée par le margrave Léopold II. Nous ne nous attardons pas trop car
Vienne est encore loin. La route de la Wachau serpente au milieu des vignes et traverse les beaux villages de Spitz, Weissenkirchen, Dürnstein.
C'est dans ce bourg que Richard "Coeur de Lion" ( Richard Löwenherz ) fut emprisonné à son retour de
croisade et localisé par ses amis grâce à un chant traditionnel anglais.
franchissons la porte de ville et remontons à pied la rue principale, pas vraiment emballant, nous
déjêunons en terrasse ( saucisses ) et reprenons la route vers Tulln, où nous photographions l'oeuvre de Michael Nogin, monument représentant la rencontre entre le roi des huns Etzel et
Krimhilde la burgonde, héros du chant des Nibelungen.
Vienne n'est plus qu'à quelques kilomètres, je dispose le lecteur MP3 ainsi que les hauts
parleurs de notre mini chaîne dans chacune de mes poches arrière de maillot, j'envoie les valses de strauss, et nous nous préparons à faire notre entrée dans la capitale autrichienne. J'ai réglé
le volume au maximum mais il y a une telle circulation qu'on n'entend rien. Nous nous retrouvons bientôt au milieu d'un flot de voitures, camions et motos. Notre entrée dans Vienne au son des
violons est ratée...Nous déplions le plan de la ville et ne comprenons pas comment on a fait pour perdre la piste cyclable : elle passe sous la route où l'on se trouve. Maintenant il va falloir
ruser pour la retrouver et descendre les tandems le long du rail spécialement installé à cet effet.
Près d'une heure pour rejoindre le "Ring" où nous sautons de théâtre en palais, de museum en
Burggarten, le catalogue des monuments de Vienne est là sous nos yeux, ça promet pour demain. L'heure tourne, le ciel est noir, il va pleuvoir et nous cherchons toujours la Favoriten Strasse où
nous avons réservé. Vers 19 heures, sous la pluie, nous arrivons enfin devant l'immeuble Paula Hof, mais personne ne répond au coup de sonnette, le téléphone est sur répondeur. Que faire ?
La pluie a cessé. J'entre dans la boutique qui fait l'angle pour demander de l'aide : ce commerçant va nous tirer d'affaire. N'ayant pas réussi à joindre notre loueur, il nous propose de
garder nos tandems, et choisit le joker "coup de fil à un ami" . Ce dernier, chauffeur de taxi nous conduira à l'hôtel : pas d'autre choix ! Malheureusement le 1er hôtel est
complet, le second aussi : au 3ème, l'hôtesse me dit que tous les hôtels sont complets dans un rayon de 70 km, Vladimir Putine est en visite officielle, accompagné de sa cour, et il y a un grand
concert gratuit dans le parc de Schönbrunn après-demain. Il y a vraiment beaucoup de monde sur Vienne aujourd'hui...Nous demandons au taxi de se garer et nous commençons à chercher des adresses
dans notre guide. Au même moment notre chauffeur nous demande si ça ne nous dérange pas de dormir à 4 dans la même chambre. Il venait de nous trouver un hôtel pas très loin du centre, en
utilisant son carnet d'adresse personnel : ouf, sauvés ! Quelques minutes plus tard, après avoir traversé Vienne à cent à l'heure, nous nous installons pour 2 nuits à l'hôtel
Stalehner.
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